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19 rue du Marché aux Fromages · 1000 Bruxelles Relevé, 2013 à ce jour
2,75 m

La Bruxelloisedite la plus petite maison de Bruxelles

Une façade de 2,75 m, une brique du XVIIᵉ siècle restée debout sous les bombes de 1695, et une impasse qui a perdu son nom par arrêté. Ce site raconte ce que la légende du gabarit fait oublier.

Façade étroite du 19 rue du Marché aux Fromages, serrée entre deux maisons plus larges
2,75 m de façade 1,75 m au rez-de-chaussée 1695 restée debout 1853 l'impasse perd son nom
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Fabulae · I

La Bruxelloisedite la Plus Petite Maison de Bruxelles.

La plus petite Maison - Après La plus petite Maison - AvantAvantAprès
La maison aujourd'hui (avant), et une vision de sa restauration (après). — Collection particulière, Institut Paracelsi, Suisse

Au cœur de Bruxelles intra-muros, à une enjambée de la Grand-Place, un secret survit. Une gueule cassée, une étroite bâtisse de la rue du Marché aux Fromages. Le numéro dix-neuf.

On n’y entre pas, on s’immisce mentalement en empruntant l’étroite porte dérobée dans l’impasse. Gravissez le colimaçon abrupt, frôlez les murs imprégnés de trois siècles de larmes, de joies. Ici, rien n'est grandiose, rien n'est spectaculaire, tout est authentique. La plus petite maison de Bruxelles, c'est surtout la plus grande des invitations à ralentir, à observer, et bientôt à s'émerveiller, dès lors que le feu vert pour sa restauration nous sera enfin accordé !

Son histoire tourmentée n'est pas cette « terrible histoire secrète » caricaturale, celle que résument les articles de presse en quête de sensationnalisme et de putaclic, ceux qui la réduisent à une curiosité de gabarit et s’en tiennent là. Son parcours est plus long et plus âpre, la zwanze¹ en moins.

Par ailleurs, on lui dispute âprement son titre de « la plus petite ». Régulièrement, une maison plus étroite est signalée ici à Ixelles, là à Watermael-Boitsfort, puis ailleurs dans la Région. Cette Région, assemblage, amalgame ou zieverei² politique de dix-neuf communes, n'a qu'un cœur historique, éloigné des questions triviales, et c'est lui seul qui portait le nom de Bruxelles. La petite fut bâtie bien avant que les bombes de 1695 ne le brisent. Les prétendantes, elles, n'étaient parfois encore que des kotjes³ dans des hameaux ou des marais malodorants.

Le titre importe peu. Ce qui compte est ailleurs : dans une brique du XVIIᵉ siècle, dans une impasse qui a traversé les âges et perdu son nom par arrêté.

Prenez-lui donc son titre. Mais nul ne lui prendra son histoire. Elle appartient à la ville profonde, à ses survivances, à ses silences, à ce qui ne se raconte qu'en avançant lentement dans une impasse sombre.

Notes

  1. Zwanze : humour bruxellois typique, pince‑sans‑rire, souvent absurde.
  2. Zieverei : embrouille, cafouillage, micmac politique.
  3. Kotjes : petites cabanes ou maisonnettes rudimentaires d’autrefois.
Texte original, écrit sans IA
Fabulae · II · 13—15 · VIII · MDCXCV

Une Survivantede l'ignorance qui se croit pouvoir et efface faute de savoir créer.

Bombardement
Bombardement 1695 — Collection particulière, Institut Paracelsi, Suisse

Bruxelles vit alors trois jours d’un bombardement d’oblitération, un Feuersturm avant l’heure. Des milliers de bombes incendiaires et de boulets s’abattent sur le cœur marchand, visant moins une position militaire que le symbole économique. Représailles politiques. Un rite de terreur. Une démonstration de puissance où la France, en maîtresse du tonnerre, rappelle que les dieux du feu ont toujours été de bons alliés des puissants pour terroriser les populations.Les bonnes recettes se transmettent.

Le feu court d’une toiture à l’autre, attisé par un vent sec. les charpentes médiévales faites de bois pauvres, saturées de résine, s’embrasent comme des torches. Les témoins, sur qui retombent des cendres comme une neige noire, parlent d’un crépuscule rouge où la fumée dévore le ciel. Les cloches, décrochées par la chaleur, s’effondrent dans les nefs. S’ensuit un fracas digne du jour où Loki vint mettre au défi les forges des Nains. Tombe un silence bref, total. Silence qui effraie la foule réfugiée sur les hauteurs du Parc Royal. Une nuée de corbeaux s’arrache des tours. Plus bas, les chevaux s’affolent sans que nul ne comprenne pourquoi. Les vitraux explosent en pluie de couleurs avant de se noircir. La pierre se fendille avec des craquements secs. Les gargouilles, déformées par les flammes autour d’elles, hurlent. Naissant dans la fumée, une forme. Certains témoins jureront l’avoir vue ! Une ombre ailée, attribuée d’abord au vent, à l’illusion. Dans les récits murmurés les jours, mois, années et siècles suivants, prendra un autre nom.

La petite maison, elle, reste debout. - Combusta insignior resurrexi¹

Incendie petite maison 1695
— Collection particulière, Institut Paracelsi, Suisse

Notes

  1. Combusta insignior resurrexi: Consumée, je me suis relevée plus éclatante encore - devise célèbre à Bruxelles - chronogramme sur le pignon de la Maison de la Louve (située au numéro 5 de la Grand-Place)
Fabulae · III · Toponymie

Schijtstraetjede la Ruelle à Merdes à la Rue des Pittas...nihil novi sub sole!

La rue du Marché aux Fromages n’a jamais porté longtemps le même nom. Jusqu'en 1851, elle était plus longue, elle englobait l'actuelle rue des Brasseurs. Le tronçon d’origine, l’actuelle bien nommée rue de Pittas, portait alors un nom que les registres consignent sans détour, Vuilstraetje¹. La sale ruelle. Ou Schijtstraetje², dont la traduction se passe de commentaire, sachez juste que les maraîchers de la Grand-Place venaient s'y soulager.

Le fromage, lui, avait déjà disparu. En 1615, on y autorisa des échoppes de bouchers. Mais la condition consignée noir sur blanc ne manque pas de sel. Il fut convenu que les bouchers n'interpellent ni n'injurient les passants. Dès avant le XVIIIᵉ siècle, les menuisiers ont remplacé les marchands du temple. La rue s'est rapidement encombrée de chaises, d'échelles, de planches dressées contre les façades. Pour la petite histoire on y fabriquait aussi des cercueils ce qui fit que les Bruxellois l'appelaient Kistenstroet³, la rue des Cercueils et pour ceux à l’âme sensible le Leerestroet⁴, la rue des Échelles.

Aujourd'hui encore, par des réseaux tenus secrets mais connus de certains initiés, la traversée en barque de la vieille ville invisible reste possible, guidée par le seul murmure d'un Charon local. Autrefois, c'est lui qui menait les âmes des morts du quartier du Sablon à travers le lit caché du Smaelbeek. Elles venaient choisir, à la lueur des bougies, leur propre cercueil exposé en rue, et faisaient craquer les planchers de bois des boutiques. La cohabitation devint si compliquée qu'en 1800, le maire de Bruxelles, comme on disait alors sous administration française, dut interdire l'exposition des cercueils en rue. Jamais on ne sut si l'interdiction visait à protéger les vivants du spectacle ou les morts du choix.

L’anecdote depuis est devenue légende, absorbée par le folklore bruxellois qui nous rapporte qu’aujourd’hui encore, par des réseaux tenus secrets mais connus de certains initiés, la traversée en barque de la vieille ville invisible reste possible, guidée par le seul murmure d'un Charon à l’accent local – Pey, n’oublie pas la taxe, t’es à Brusselle ici ! - . Autrefois, c'est lui, le De Schieven Schipper⁵, qui menait les âmes des morts du quartier du Sablon à travers le lit caché du Smaelbeek. Elles venaient choisir, à la lueur des bougies, leur propre cercueil exposé en rue. A leur passage les planchers de bois des boutiques craquaient . Cette cohabitation entre client et commerçant bien malgré eux devint si compliquée qu'en 1800, le maire de Bruxelles, comme on disait alors sous administration française, dut interdire l'exposition des cercueils en rue. On ne sut jamais si l'interdiction visait à protéger les vivants du spectacle ou les morts du choix. L'ordonnance des bouchers de 1615, n'a jamais été abrogée.

Aujourd'hui, les Bruxellois disent la rue des Pittas qui ont succédé aux étals des bouchers. Les amateurs de bande dessinée disent parfois la rue du Lait Entier, en hommage à l'album de Johan De Moor et Stephen Desberg. Pour ceux qui y vivent, la rue s'est toujours faite entendre. Il est cinq heures, la rue s'éveille : les camions de livraison vrombissent, dans une rue qui ne dort que depuis deux heures. Le bruit ne se dilue nulle part, nulle ordonnance ratifiée. Il monte, et il reste.

Cette rue a porté tous les noms sauf celui de l'impasse qu'elle abrite.

Peinture à l'huile du XVIIIe siècle représentant la rue du Marché aux Fromages
La rue au XVIIIᵉ siècle. — Collection particulière, Institut Paracelsi, Suisse
Vuilstraetje→Marché aux Fromages
Leerestroet→rue des Échelles
Kistenstroet→rue des Cercueils
Draeckenganck→impasse de la Poupée

Notes

  1. Vuilstraetje¹ :petite rue sale.
  2. Schijtstraetje² :petite rue de la merde.
  3. Kistenstroet³ : rue des caisses (cerceuils)
  4. Leerestroet⁴ : rue des échelles
  5. De Schieven Schipper⁵ : batelier bralant
Fabulae · IV · Les Trois Ruisseaux

Les Ruisseaux Sous les Pavés

Le Palais des Beaux-Arts, bati sur le Coperbeek
— Collection particulière, Institut Paracelsi, Suisse

On dit à Bruxelles que la Senne est la Reine, mais que ce sont ses trois fils maudits qui tiennent la ville par les pieds. Le Rollebeek griffe les collines d'en haut, le Cuverbeek pourrit dans les fosses d'en bas, et entre les deux, le Smaelbeek dort dans son impasse, scellant le pacte des monstres. Si les trois ruisseaux venaient à sécher en même temps, le Dragon, le Kludde et les Nekkers monteraient sur la Grand-Place pour réclamer leur dû.

Pourquoi je vous en parle ? Parce que leur histoire est intimement liée à des anecdotes réelles, à des superstitions locales et à des croyances populaires bruxelloises tenaces.

I Le Smaelbeek (ou Ruisbroeck)

L'emprise du Milieu ! Celui du milieu, et non le moindre : c'est lui qui tient la prise. Aussi maudit que ses deux frères, il prend sa source tout près de la Porte de Coudenberg, sur les hauteurs de l'actuelle place Royale. Dans sa partie amont, on l'appelait aussi Ruisbroeck. Il dévalait ensuite la colline en longeant de très près l'actuelle rue de Ruysbroeck, qui a conservé son nom, avant de poursuivre vers la place Saint-Jean. Là, il se divisait en deux bras : l'un par les rues de l'Homme Chrétien et du Marché aux Fromages, l'autre par les rues de la Violette, de l'Amigo et des Pierres. Entre les deux, une île. Insalubre, infectée, régulièrement frappée par les épidémies.

Le Smaelbeek n'est pas fait que d'eau, mais des larmes que maintes damoiselles versèrent au temps jadis sous le petit bois sombre qui couronnait la colline. Et de celles, plus tard, que les demoiselles versèrent sur le pavé froid. C'est là, dans ce chagrin, que saint Géry aurait noyé le dragon. En gei geluf da, comme disent les gens d'ici.

Évocation du Smaelbeek, ruisseau voûté au début du XVIIe siècle sous les pavés du quartier
Évocation du Smaelbeek, ruisseau voûté au début du XVIIᵉ siècle. — Collection particulière, Institut Paracelsi, Suisse

Ce n'est pas un dragon de fantasy classique avec des ailes, comme dans House of the Dragon, mais une chose qualifiée de légendaire Dragon de Bruxelles, né d'un improbable amour entre un Basilic des Brumes et une Vouivre des Égouts. Il serpentait dans les canalisations, se nourrissant de l'orgueil, de la vanité et des complots de la ville du dessus. Lorsque saint Géry eut vent de son existence, il ne se sentit plus de joie. Il éperonna son fier destrier et s'élança vers le marais de Bruocsella, où sévissait une créature à côté de laquelle le dragon de Cambrai, fraîchement trucidé, avait l'allure d'un lézard.

Peinture ancienne représentant saint Géry noyant le dragon, avec l'inscription « Impasse du dragon, Anno 600 »
« Impasse du dragon, Anno 600 » — évocation de la légende de saint Géry et du dragon. — Collection particulière, Institut Paracelsi, Suisse

Entre 1598 et 1621, on le voûta. L'égout à ciel ouvert disparut sous les pavés, et Bruxelles fêta l'événement chaque deuxième dimanche de septembre, jusqu'en 1830. C'était la kermesse du Smaelbeek : la couque au sirop, la course aux grenouilles, les avaleurs de fil et d'œuf, et des tonneaux de faro.

Peinture ancienne représentant, la kermesse du Smaelbeek avec l'inscription « Anno 1823 »
« Impasse du dragon, Anno 600 » — évocation de la légende de saint Géry et du dragon. — Collection particulière, Institut Paracelsi, Suisse

Mais le Smaelbeek n'est pas seul. Il a deux frères.

Le Rollebeek et le Cuverbeek, plus couramment orthographié Coperbeek ou Ruisseau du Cuivre, ont eux aussi été voûtés, canalisés. Ils coulent pourtant encore aujourd'hui, sous le bétonnage de la peur.

II Le Rollebeek (ou Savelbeek)

Il prend sa source au niveau du Grand et du Petit Sablon, le Zavelpoel, à quelques mètres de celle de son frère. Il dévalait la colline de manière très sinueuse pour se jeter dans la Senne près de l'actuelle place Fontainas. La pente était abrupte. Lors des gros orages d'été, le débit devenait si violent qu'il arrachait littéralement les pierres de son lit et les pavés naissants de la rue, dans un vacarme terrible pour tout le quartier. Le courant faisait rouler les pierres, et c'est de là que lui vient son nom, du flamand rollen.

C'est le plus ancien cours d'eau à avoir été voûté, pour faciliter le passage des charrettes entre le Sablon et le bas de la ville, disait-on, histoire de ne pas perdre la face. En réalité, on le masqua au XIVᵉ siècle en grande partie pour faire taire ce monstre qui détruisait les routes : le démon métamorphe connu sous le nom de Kludde, ou Kleure, l'un des plus terrifiants du folklore bruxellois.

Illustration du Kuddle
Illustration du Nekker

Un esprit aquatique maléfique et farceur, qui hantait les roseaux de la Senne et les canaux environnants à la tombée de la nuit. Il affectionnait le Rollebeek parce que le roulement des roches lui permettait de se débarrasser de ses peaux mortes. Sa particularité était de pouvoir changer de forme : il apparaissait sous les traits d'un énorme chien noir marchant sur ses pattes arrière, d'un cheval sauvage bavant et rugissant, ou d'un oiseau de nuit surgi de nulle part au-dessus d'un dormeur mal avisé. Je m'emporte. Passons.

On reconnaissait l'approche du Kludde au bruit sinistre des chaînes de fer qui s'entrechoquaient autour de son cou. Il sautait sur le dos des voyageurs attardés qui longeaient la rivière et se faisait de plus en plus lourd, jusqu'à ce que sa victime meure d'épuisement ou se noie, plus loin dans la Senne où il l'avait entraînée.

Aujourd'hui, il a totalement disparu de la surface, mais il a laissé son empreinte : la sinueuse et touristique rue de Rollebeek épouse exactement l'ancien lit du ruisseau. Dans ce cas précis, même un écolo prend goût au béton.

III Le Cuverbeek / Coperbeek (Ruisseau du Cuivre)

D'abord il y a l'aîné, et puis il y a l'autre, des cailloux dans le pelage. Et puis, et puis, et puis il y a les Esprits des eaux. Inspirés des mythologies germaniques, les Nekkers, ou Nix, étaient des démons aquatiques tapis au fond de la Senne. De petits êtres hideux aux cheveux couleur kaki, mi-hommes mi-poissons.

Les trois ruisseaux freres devalant vers la Senne
— Collection particulière, Institut Paracelsi, Suisse

Les nieks ou nieskes qu'invoquaient les mères bruxelloises du Moyen Âge rappelaient le mythe du Nix : de quoi empêcher les enfants de s'approcher de la rivière, dont les berges étaient glissantes et dangereuses. On racontait que le Nekker flottait à la surface en imitant le sourire d'un vieux monsieur faisant miroiter un sucre d'orge. Dès qu'un enfant curieux se penchait pour regarder, le monstre l'attrapait par les pieds et l'entraînait dans les profondeurs. Emballez, c'est pesé.

Il sévissait en contrebas des hauteurs, près de l'ancienne porte de Coudenberg, vers l'actuelle rue de Brederode, s'écoulant dans un profond vallon, la Copervallei, qui séparait le premier palais du Coudenberg de son parc de chasse, la Warande. Il descendait ensuite vers la rue des Sols et le Marché aux Herbes avant de finir sa course dans la Senne, près de l'église Saint-Nicolas.

Après le gigantesque incendie du palais du Coudenberg en 1731, les urbanistes du XVIIIᵉ siècle rasèrent les ruines et nivelèrent tout le quartier pour construire la place Royale et la place des Palais. Des tonnes de terre furent déversées pour combler le vallon.

Mais il en faut plus pour se débarrasser des frères maudits. La source a beau être enterrée, le cours d'eau coule toujours sous le parc de Bruxelles, dont les creux témoignent encore de cette vallée jamais tout à fait nivelée. L'eau du Coperbeek transite aujourd'hui sous les fondations de grandes institutions, Bozar compris.

IV La Seine, ou l'art français de tricher avec panache

Chers amis parisiens, on vous aime, parfois, mais il faut qu'on parle de votre Seine.

Sequana, debout sur son bateau à tête de canard, a eu droit à mille ex-voto, un sanctuaire monumental et un article dans le New York Times, chantre de la rigueur éditoriale.

La voilà donc affublée d'un magnifique CV divin. Sauf qu'on a vérifié les chiffres. Le belge a une brique dans le ventre et chez nous, on vérifie toujours les chiffres sauf les politiques mais ça c’est universel.

À Marcilly-sur-Seine, votre fleuve national se fait déjà déclasser par l'Aube. Et paf 40 m³/s contre 33. À Montereau, rebelote, et cette fois c'est pire : l'Yonne arrive avec plus d'eau que la Seine elle-même. En bonne hydrologie, c'est donc l'Yonne qui coule à Paris. Ô rage ! ô désespoir ! ô Yonne ennemie !

Il vous a fallu deux perfusions fluviales pour que votre déesse ait un débit digne d'un culte majeur et atteigne Paris. Sequana, ce n'est pas une divinité, c'est un dopage validé par des druides vendus à votre cause.

Nous, à Bruocsella, même derrière un guidon, le dopage, connaît pas et un pintje ça compte pas.

Nous avons notre Senne, écrite à la belge, et notre Bruocsella, qui se lit, si l'on en croit l'étymologie qui nous arrange, le temple celte du marais.

Aucune triche : elle n'a jamais eu besoin d'annexer une rivière voisine pour paraître importante. Elle a préféré disparaître sous le pavé bruxellois à partir de 1867, par pudeur plutôt que par calcul statistique. Et comme aucune déesse gauloise n'a jamais réclamé son nom, elle reste libre. Plutôt que d'usurper le nom d'une déesse qui appartient déjà à une autre rivière, on pourrait lui donner un titre générique et légitime en la couronnant Divona. Voire, l'adopter chez Nehalennia, la dame au bateau qui veille déjà, plus loin, sur l'Escaut.

Alors oui, vous avez une statue en bronze et un musée à Dijon. Nous, on a l'honnêteté bièrographique.

Alors dormez tranquilles. Tant qu'il pleut sur Bruxelles, ils restent en bas.

Fabulae · V · Archives

Ce Que Disent les Wijckboecken

Registres anciens reliés, évoquant les wijckboecken, les livres de quartier de Bruxelles

Avant la numérotation des rues, Bruxelles se lisait autrement. Les wijckboecken, les livres de quartier, recensaient chaque maison par son enseigne. Registres fonciers avant l'heure, rédigés en vieux brabançon, ils consignent les propriétaires, les mutations, les allées, les ganck.

C'est là qu'on lit que du Dragon de Fer pendait un dragon de fer, waer hangt een eyseren draeck. C'est là que l'impasse porte encore son vrai nom. C'est là aussi que la petite maison traverse 1695 sans être détruite.

Ses voisines y ont un nom. Elle, un emplacement.

Fabulae · VI · MDCCCXXX

Septembre 1830

En septembre 1830, les barricades se dressent à cinquante mètres. La Grand-Place sert de poste de commandement aux insurgés, les blessés y sont soignés, les munitions y circulent. Les maisons du quartier abritent, ravitaillent, dissimulent.

Ce qui a transité, durant ces quatre journées, entre l'état-major et l'entrée de l'impasse, aucun registre ne le dit.

Gravure des insurgés et des barricades sur la Grand-Place pendant la révolution de septembre 1830
Les barricades sur la Grand-Place, septembre 1830. — Collection particulière, Institut Paracelsi, Suisse

Les registres, décidément, disent peu de choses de cette maison.

Fabulae · VII · 1831 · 1891

Une Façade Qu'on a Effacée

Série de reconstitutions du pignon d'origine de la façade, d'après la notice de l'inventaire du patrimoine architectural.
Reconstitutions, d'après la notice de l'inventaire du patrimoine architectural.

À l'origine, une façade de briques à pignon sous pinacle. Quatre niveaux montant en gradins vers une flèche de pierre, la silhouette bruxelloise par excellence, celle du XVIIᵉ siècle. Les propriétaires étaient taxés sur la largeur de leurs façades, alors qu'ailleurs, en France, on taxait sur le nombre de fenêtres.

En 1831, un an après l'indépendance, on la rabote. Le pignon disparaît, remplacé par une façade sous corniche, alignée sur ses voisines. En 1891, l'entresol est percé d'une large baie commerciale.

Il en reste pourtant l'essentiel, aujourd'hui à nu : les ancres de façade, les arquettes jumelées, les éléments de grès. La brique du XVIIᵉ siècle est là, visible, intacte sous ce qu'on lui a ajouté. Aux étages, des fenêtres rectangulaires, presque carrées au dernier niveau.

pignon à gradins, 1600s→corniche, 1831
entresol plein→baie commerciale, 1891
Fabulae · VIII · Draeckenganck

Petite par la Taille, Grande par la Réputation

L'appellation « plus petite maison de Bruxelles » est sans doute plus symbolique que strictement exacte. Elle réduit la maison à une curiosité de gabarit, une manière efficace de ne pas s'interroger sur le reste, par un procédé qui n'est pas inédit dans cette rue. Mais elle attire l'œil, elle amuse, elle se photographie.

Sur sa droite, une impasse qui fut un temps le Draeckenganck ou Draeckstraetien en vieux néerlandais, qui signifie ,l'impasse du Dragon. Selon la tradition, c'est dans cette impasse oubliée que saint Géry terrassa le dragon dont l'antre se trouvait à proximité du ruisseau Smaelbeek sur un malodorant bas-fond marécageux. Le nom ancien, cohérent et enraciné, disparaît néanmoins.

Un supplément à l'arrêté communal du 4 mai 1853 lui substitue un nom neuf : impasse de la Poupée. L'explication tiendrait au fait que des artisans fabricants de jouets en bois y auraient exercé leur art et vécu. Le conditionnel est d'époque : aucune corporation, aucun registre, aucune trace.

pupa, ae, f.

Le latin, lui, est plus précis. Pupa désigne la poupée. Il désigne aussi la chrysalide. Ce qui est enfermé, scellé, et attend de se transformer.

Un dragon devenu poupée. Un petit dragon devenu rose blanche. Un dragon de fer devenu adresse commerciale. Un pignon devenu corniche. Une maison réduite à sa largeur. Peut-on y voir une série de hasards ?

Un dragon devenu poupée. Un petit dragon devenu rose blanche. Un dragon de fer devenu adresse commerciale. Un pignon devenu corniche. Une maison réduite à sa largeur. Bruxelles comptait près de quatre cents impasses au XIXᵉ siècle. Le voûtement de la Senne et la Jonction Nord-Midi les ont presque toutes effacées. On peut y voir une série de hasards.

Bruxelles comptait encore près de quatre cents impasses au XIXᵉ siècle qui furent dévorées par le voûtement de la Senne et la Jonction Nord-Midi.

Mais celle-ci résiste et est encore là.

Zwanze · n° 5

Le Pied

Au numéro 5, un pied sort du mur.

Il est en relief, scellé dans le ciment de la façade, à hauteur de regard pour qui sait où chercher. Aucune archive ne le mentionne. Aucun permis, aucune commande, aucune signature. On ignore qui l'a posé, et quand.

Bruxelles a ses monuments officiels, le Manneken-Pis à deux rues d'ici, le Zinneke un peu plus loin. Le pied n'appartient pas à cette famille. Il n'a été demandé par personne, inauguré par personne, et il ne figure sur aucun inventaire.

Le pied, façade du n° 5. Auteur inconnu, date inconnue.

C'est la zwanze, l'humour bruxellois : absurde, anonyme, et volontiers moqueur envers ce qui se prend au sérieux. Une façade rénovée, des échafaudages, une poignée de ciment frais, et quelqu'un décide qu'un pied manquait à cette rue. Personne n'a jamais revendiqué le geste. À Bruxelles, c'est plutôt bon signe.

Art contemporain Bruxellois
— — Art contemporain Bruxellois - bientôt inscrite au Patrimoine de l'Unesco - Oeuvre collective très appréciée au demeurant par l'élite locale!

Dans une rue qui a perdu son ruisseau, son pignon, ses dragons et jusqu'à son nom, un pied anonyme a réussi à s'ajouter sans autorisation.

Résidents · depuis 2013

Winston et Churchill

Depuis 2013, la plus petite maison de Bruxelles compte deux habitants qu'aucun inventaire ne mentionne.

Winston et Churchill sont frères, et yorkshires. Ils ont échappé à Smith et Wesson, pire encore à Aston et Martin, pour hériter finalement de Winston et Churchill.

Le premier est vif, stratège, un peu belliqueux, taquin comme on l'est quand on est le plus petit de la pièce. Le second a hérité du reste : le cigare en moins, le canapé en plus, une pizza et la télévision suffisent à son bonheur.

Les deux facettes ne s'opposent pas, elles cohabitent, comme deux gentlemen partageant un club londonien : l'un lisant le Times avec gravité, l'autre réclamant qu'on monte le chauffage et qu'on apporte un autre verre.

Winston monte la garde depuis le balconnet du second étage. La tête passée entre les barreaux, l'œil amusé, il aboie sur les touristes qui photographient. Il tient le seuil, comme la maison, à sa façon.

Il est, et de loin, le plus ancien résident et le restera.

Ordo Trias Viva

Des Mains de Tailleur de Pierre

En 1709, la rue se relève sous les mains des tailleurs de pierre. La reconstruction d'après bombardement est leur affaire : chaque façade, chaque ancre, chaque encadrement de grès passe par eux. La famille van Dievoet en compte un des plus réputés, Pierre, sculpteur, frère du bâtisseur du Dragon de Fer.

Depuis 2013, la maison est de nouveau entre les mains d'un tailleur de pierre, Compagnon du Trias Viva. Trois siècles plus tard, le même métier, la même rue, le même geste : rendre à la pierre ce qu'elle était.

« Le plus vieux métier du monde : le tailleur de pierre défie le temps, que la roche subit. Bâtisseur de cathédrales faites de pierres taillées dans une loyauté sans faille. »

Médaille de compagnon, signe personnel
Restitutio in integrum

Une Restauration Pensée

La façade est aujourd'hui décapée. La brique du XVIIᵉ siècle est visible, les ancres, les arquettes, le grès.

On nous demande de la recouvrir d'un enduit, pour lui rendre l'aspect qu'elle avait au XIXᵉ siècle. C'est-à-dire l'aspect qu'elle a pris le jour où on lui a retiré son pignon.

Restaurer une maison du XVIIᵉ siècle en figeant la transformation qui l'a défigurée : voilà ce contre quoi nous nous battons. Nous nous attachons à honorer les éléments originaux qui structurent cette demeure, plutôt que de soumettre son caractère à des normes génériques.

Cette restauration, la maison l'attend depuis un demi-siècle. Les clichés conservés aux Archives de la Ville, comme les cartes postales de l'époque, la montrent déjà dans l'état où elle se trouve aujourd'hui. Depuis 2013, elle a les mêmes gardiens. Ce sont eux qui ont porté les dossiers, année après année. Les dix dernières années ont été les plus difficiles.

Une brique ancienne raconte ce qui était. La recouvrir, c'est choisir ce qu'elle a encore le droit de dire.

État d'avancement

Négociations avec l'administration et l'UNESCO

80 %

Recherches historiques et architecturales

90 %

Travaux intérieurs préparatoires

40 %

Restauration de la façade

7 %

La façade attend l'autorisation. Tout le reste avance.

Tempus fugit

ChronologieTrois siècles tiennent en six lignes. Les treize dernières années en demandent davantage.

Avant
  • 13 au 15 août 1695 : le bombardement. La maison reste debout.
  • 1709 : la rue se relève sous les mains des tailleurs de pierre.
  • 1831 : le pignon disparaît, remplacé par une corniche.
  • 4 mai 1853 : le Draeckenganck devient impasse de la Poupée.
  • 1891 : l'entresol est percé d'une baie commerciale.
2013

Nouveaux gardiens

  • Ouverture des discussions avec l'UNESCO et l'administration.
2014

Études et recherches historiques.

2017

Début de la rénovation intérieure.

2018

À nouveau habitée.

2018
2019
2020
2021
2022

Restauration de la façade

  • Réclamation et opposition introduites.
  • Absence de réponse formelle.
  • Début des travaux de la façade reporté.

La même entrée, cinq années de suite.

2023

C'était au temps où Bruxelles zwanzait.

  • Janvier 2023. Réunion au sommet. Accords pris.
  • Absence de réponse formelle.
  • Début des travaux de la façade reporté.
2024
2025
  • Depuis janvier 2023, après réunion au sommet et malgré accords pris.
  • Absence de réponse formelle.
  • Début des travaux de la façade reporté.
2026

Un espoir ?

  • La vieille Dame retrouvera-t-elle sa jeunesse un jour ?
2027

Travaux de façade terminés, elle retrouve enfin la paix.

  • Promotion d'artistes pensionnaires.
  • Mécénat et évènements.
  • Pop-up, vitrine pour artisans.

I have a dream. Ben nous aussi.

Draeckenganck

Le Seuil

Derrière la maison commence l'Impasse du Dragon, et ses mystères.

dragonalley.be

Horum omnium fortissimi sunt Bruxellae

Us et coutumes du Pentagone

Métiers d'art

Une maison d'artistes. Les métiers d'art et d'artisanat logés dans les impasses.

Draeckenganck

L'histoire de l'antre du Dragon, aujourd'hui impasse de la Poupée. Mille ans d'histoire bruxelloise.

dragonalley.be

Circuits

Les circuits gourmets et gourmands, la zwanze, à pied ou en calèche.

Personnalités

Les personnages avec ou sans personnalité. Zotte louwiekes ou schieven architekt.

Obviam

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Adresse
19 rue du Marché aux Fromages
1000 Bruxelles
Email
contact@labruxelloise.com
Visites
La maison est habitée. Elle se regarde depuis la rue.